Rochambelles Partager
Deux ambulancières posent devant leur ambulance Dodge immatriculée 411 222 : Crapette assise sur l'aile avant, Jacotte debout à côté d'elle.

L'exposition Les Rochambelles

Autour de la pièce de Valérie Demay

Vous les avez rencontrées sur scène. Découvrez ce que sont devenues Crapette, Jacotte, Toto et Florence après la guerre, et les photos d'archives des lieux et des moments que raconte la pièce.

« Premier binôme, Jacqueline Fournier et Gabrielle Demay »1944-1945. Crapette, Jacotte et leur ambulance, Tante Mirabelle, n° 411 222.

L'affiche du spectacle Les Rochambelles au Théâtre Michel : cinq comédiennes en uniforme de 1944, une ambulance phares allumés, et la mention « D'après une incroyable histoire vraie ».

Le spectacle · Théâtre Michel, Paris

Les Rochambelles

En 1939, Jacqueline, en voyage à New York, se retrouve plongée dans l'exil. Elle croise la route de Florence Conrad, une riche et excentrique Américaine qui a l'idée folle de monter une unité d'ambulancières de front. Y voyant son billet de retour, Jacqueline s'engage, sans le savoir, dans une épopée qui marquera l'histoire.

Une pièce de Valérie Demay, mise en scène par Merryl Beaudonnet et Charlotte Bigeard. Triomphe au Festival Off d'Avignon 2025.

Où
Théâtre Michel, 38 rue des Mathurins, Paris 8e
Métro Havre-Caumartin, Auber, Madeleine ou Saint-Lazare
Quand
Depuis le 25 septembre 2026, du mercredi au samedi à 19 h et le dimanche à 15 h 30
Tournée
De janvier à avril 2027, dans toute la France. Voir les dates

Réserver des places La page du spectacle

Le Groupe Rochambeau, 1943-1945

Qui étaient les Rochambelles ?

En 1943, à New York, l'Américaine Florence Conrad fonde le Groupe Rochambeau : dix-neuf ambulances Dodge et une poignée de volontaires françaises. Entraînées au Maroc, rattachées au 13e bataillon médical de la 2e division blindée du général Leclerc, elles débarquent en Normandie en août 1944 et suivent la division jusqu'en Allemagne. Elles conduisent, soignent et vont chercher les blessés jusque sous le feu. Plus de cinquante femmes ont servi dans l'unité. On les appelle les Rochambelles.

  1. 1943New YorkFlorence Conrad recrute ses premières volontaires.
  2. Sept. 1943 – avr. 1944RabatEntraînement au Maroc, logement dans la Péniche.
  3. Août 1944Utah BeachDébarquement en Normandie avec la 2e DB.
  4. 25 août 1944ParisLibération de Paris.
  5. 23 novembre 1944StrasbourgLibération de Strasbourg.
  6. Déc. 1944 – févr. 1945AlsaceAprès Strasbourg, tout l'hiver, les combats continuent dans le froid et la neige, jusqu'à la poche de Colmar.
  7. 8 mai 1945BerchtesgadenAprès Dachau, elles fêtent la victoire au pied du nid d'aigle d'Hitler.

Après 1945

Que sont-elles devenues ?

Quatre femmes de la pièce, quatre vies après la guerre. Touchez le bouton sous chaque portrait pour voir la comédienne qui l'incarne sur scène.

Portrait de Gabrielle Demay, dite Crapette, souriante, en chemise d'uniforme. La comédienne Marie Benati en uniforme de Rochambelle, calot sur la tête.

Gabrielle Demay,
dite « Crapette »

1918 – 1987

« Crapette », c'est « garçon manqué » en patois creusois. Infirmière, musicienne, aventurière : elle ne tiendra jamais en place.

Après la guerre

  1. 1946Fidèle à son engagement, elle s'embarque pour l'Indochine le 1er mai.
  2. À ParisElle donne naissance à un fils, Igor, né de sa relation avec un résistant marié. Elle demande à Jacotte d'en être la marraine.
  3. 1960-1970Toujours en quête d'aventure, elle travaille avec Dimitri Rebikoff, pionnier de la photographie sous-marine, et participe à ses prises de vue sous l'eau.
  4. EnsuiteElle se tourne vers le journalisme.
  5. 1987Elle s'éteint à Paris.
  6. Aujourd'huiÀ Caen, la course solidaire La Rochambelle a baptisé l'un de ses parcours « La Crapette ». Sa petite-fille, Valérie Demay, a écrit la pièce que vous venez de voir.

Pendant la guerre

Née dans la Creuse, Gabrielle entreprend des études de médecine et obtient son diplôme d'infirmière. Fin 1941, elle décide de rejoindre la France libre. Arrêtée et emprisonnée en Espagne, elle s'évade et gagne le Maroc.

Elle y épouse un médecin militaire le 20 février 1943. L'union se révèle violente : un soir, il tire sur elle. En fuite, elle trouve refuge à la Péniche du Groupe Rochambeau, à Rabat, le 12 mars 1944. Avec sa coéquipière Jacotte et leur ambulance Tante Mirabelle, elle fait toute la campagne aux côtés du 501e régiment de chars de combat, de la Normandie à la Bavière.

Distinctions : Croix de guerre 1939-1945, Presidential Unit Citation, médaille du Corps expéditionnaire.

Vrai ou faux ? Touchez une phrase

Suzanne Torrès, assise sur un lit de camp, rit, une cigarette à la main. La comédienne Merryl Beaudonnet en uniforme de Rochambelle, calot sur la tête.

Suzanne Torrès,
dite « Toto »

1907 – 1977

L'adjointe de Florence Conrad, à qui elle succède à la tête du groupe en septembre 1944. Après la guerre, elle devient Suzanne Massu.

Après la guerre

  1. IndochineElle part avec le Corps expéditionnaire français et y commande les formations féminines.
  2. 1948Divorcée de l'avocat Henry Torrès, elle épouse le 8 décembre le colonel Jacques Massu, futur général, connu dans la 2e DB et retrouvé en Indochine.
  3. FamilleLe couple a une fille, Véronique. Pendant la guerre d'Algérie, il recueille deux enfants algériens, qu'il adoptera.
  4. 1957À Alger, elle fonde l'Association pour la formation de la jeunesse, qui accueille des enfants des rues puis, après 1962, des enfants de harkis en métropole. Elle s'y consacre jusqu'à sa mort.
  5. 1969Elle publie ses souvenirs, Quand j'étais Rochambelle, avec la chanson du groupe et ses fameux commandements.
  6. 1977Elle meurt le 25 novembre à Conflans-sur-Loing, dans le Loiret.
  7. 2014Oloron-Sainte-Marie donne son nom à une allée de la ville.

Pendant la guerre

Née Suzanne Rosambert à Paris en 1907, elle épouse en 1930 l'avocat Henry Torrès. Dès 1939, elle s'engage dans les Sections sanitaires automobiles de la Croix-Rouge et participe à l'évacuation des blessés. En juin 1940, elle gagne l'Afrique du Nord à bord de l'avion piloté par Antoine de Saint-Exupéry, puis rejoint New York.

En 1943, Florence Conrad la convainc, non sans mal, de devenir son adjointe, avec le titre de lieutenant. Elle la seconde pendant la campagne de Normandie, puis prend le commandement du groupe début septembre 1944 et mène les ambulancières jusqu'à Strasbourg et Berchtesgaden.

Distinctions : Croix de guerre 1939-1945, médaille de la Résistance française.

Vrai ou faux ? Touchez une phrase

Florence Conrad, casquée, lunettes rondes, éclate de rire sur un quai. La comédienne Tadrina Hocking en Florence Conrad, cheveux gris et calot.

Florence Conrad,
dite « Mon Commandant »

1886 – 1966

Américaine, francophile, fondatrice et commandante du Groupe Rochambeau. Sa devise : « I never take no for an answer. »

Après la libération de Paris

  1. Sept. 1944Après la libération de Paris, elle confie le commandement du groupe à Suzanne Torrès et rejoint le Val-de-Grâce pour veiller sur les blessés de la 2e DB. Leclerc l'appelle « la Providence de nos blessés ».
  2. 1945Le 11 mars, à Saint-Germain-en-Laye, le général Leclerc lui remet la Légion d'honneur. Ce jour-là, elle rencontre le commandant Paul Lannusse.
  3. 1946Elle épouse Paul Lannusse. Le couple s'installe à Rouziers-de-Touraine, en Indre-et-Loire.
  4. 1966Elle meurt le 12 juillet à Rouziers-de-Touraine, à 80 ans. Elle est enterrée dans son uniforme de Rochambelle, avec les honneurs militaires.
  5. Aujourd'huiUne rue de Rouziers-de-Touraine porte le nom des Rochambelles.

Pendant la guerre

Née à Chicago, installée à Paris avant 1914, elle est infirmière de la Croix-Rouge pendant la Première Guerre mondiale. En 1939, elle ouvre un foyer du soldat près de la ligne Maginot, puis évacue des blessés en 1940. Brièvement prisonnière, elle regagne les États-Unis. Elle y finance dix-neuf ambulances Dodge, recrute de jeunes Françaises et crée le Groupe Rochambeau en 1943.

Rien ne l'arrête. À l'automne 1943, à Alger, elle obtient du général Koenig qu'il appelle Leclerc, qui accepte finalement les ambulancières dans sa division. À 58 ans, elle débarque en Normandie avec elles et les conduit jusqu'à Paris.

Distinctions : chevalier de la Légion d'honneur (1945), Croix de guerre 1939-1945, Presidential Unit Citation.

Vrai ou faux ? Touchez une phrase

Jacqueline Fournier, dite Jacotte, assise à la portière de son ambulance, regarde l'objectif. La comédienne Déborah Chantob en uniforme de Rochambelle, cheveux tressés.

Jacqueline Fournier,
dite « Jacotte »

1910 – 2008

L'une des toutes premières recrues du Groupe Rochambeau. Un ton posé, de frêles épaules, et une vie tumultueuse.

Après la guerre

  1. 1945-1946Rendue à la vie civile en juin, elle devient secrétaire bilingue au ministère de la Guerre.
  2. EnsuiteElle rejoint l'Organisation européenne de coopération économique (OECE), créée pour le plan Marshall et devenue l'OCDE en 1961. Elle y fait toute sa carrière, jusqu'à devenir la secrétaire du secrétaire général.
  3. FamilleElle ne se marie pas et n'a pas d'enfants. Elle devient « Marraine Jacotte » pour Igor, le fils unique de Crapette.
  4. 1993Elle écrit ses mémoires, Souvenirs d'une ambulancière de la 2e DB, qu'elle partage avec Igor et ses enfants.
  5. 2008Elle s'éteint à Paris le 11 décembre, à 98 ans.
  6. Aujourd'huiSes mémoires et ses récits sont à l'origine de la pièce, racontée à travers ses yeux. À Caen, un parcours de la course La Rochambelle porte son nom, « La Jacotte ».

Pendant la guerre

En mai 1939, cette Parisienne, secrétaire de l'écrivain Jean Pellenc, embarque sur le paquebot Normandie pour quelques mois aux États-Unis : les Pellenc l'ont invitée pour les aider à s'occuper de leur fils. La guerre la retient cinq ans loin de chez elle. Fin 1939, elle entre à la Mission militaire française de New York.

En 1943, un appel inattendu de Florence Conrad fait d'elle l'une des toutes premières recrues du Groupe Rochambeau. Avec sa coéquipière Crapette, elle fait toute la campagne au volant de Tante Mirabelle, l'ambulance n° 411 222.

Distinctions : officier de la Légion d'honneur, officier de l'ordre national du Mérite, médaille militaire, Croix de guerre 1939-1945, Presidential Unit Citation.

Vrai ou faux ? Touchez une phrase

Septembre 1943 – avril 1944 · Maroc

À Rabat

Au camp d'entraînement de Rabat, les ambulancières apprennent la mécanique, la conduite en convoi et les premiers secours. Elles logent à l'écart du campement, dans une Péniche amarrée sur le Bou Regreg.

Vue d'ensemble d'une péniche blanche amarrée au bord du fleuve, avec une rangée d'ambulances garées devant.

« Elles sont parquées à l'extérieur du campement, dans une Péniche qui flaire la rouille et l'essence. »

Septembre 1943 – avril 1944 · RabatLa Péniche et les 19 ambulances, au bord du Bou Regreg.

Crapette en uniforme et calot, debout devant une file d'ambulances neuves marquées d'une croix rouge.

« 19 pour être précise, et flambant neuves. Des Dodge WC 54 derniers modèles. »

Printemps 1944 · RabatCrapette avec les ambulances de l'unité Rochambeau.

Entre deux ambulances, une cabine de douche en toile ; une jeune femme se tient devant, comme pour monter la garde.

« Tu sais qu'il y a des douches dans le campement ? »

1944 · Camp d'entraînement de RabatLes douches. Crapette est dans la douche, une Rochambelle monte la garde.

Un groupe de jeunes femmes et un homme serrés à l'entrée d'une grande tente, souriants.

« Je ne les regarde pas, je les écoute. »

1944 · Camp d'entraînement de RabatLa tente popote. Suzanne en haut à gauche, Crapette au milieu à droite.

Photo de groupe d'une vingtaine de femmes assises et debout dans un jardin, autour d'une table.

« Qu'un petit groupe de femmes hors du commun souhaitait faire campagne dans sa division. »

Le Groupe RochambeauFlorence est au centre, avec les cheveux blancs. Suzanne est à sa droite, Crapette au-dessus d'elle.

Fin juillet – début août 1944 · La Manche

La traversée

Fin juillet 1944, dans un port anglais, les ambulancières et leurs Dodge embarquent avec la 2e division blindée. Après une traversée de la Manche entre café, radio et nuits sur le pont, elles débarquent à Utah Beach, en Normandie, début août.

Une longue file de femmes casquées sur un quai ; en tête, Florence Conrad rit aux éclats. Sur le tirage, écrit à la main : Ambulancières.

Embarquement, en file indienne

Juillet 1944Les ambulancières attendent sur le quai, Florence Conrad en tête. Au bas du tirage, une main a écrit « Ambulancières ».

Des jeunes femmes casquées montent la passerelle d'un navire, sous les grues du port.

« Ce ne sont pas des femmes, ce sont les ambulancières du général Leclerc. »

Fin juillet 1944 · Un port anglaisLe Groupe Rochambeau embarque pour la France, Florence Conrad et Suzanne Torrès en tête.

Image extraite d'un film, source : NARA.

Sur le pont d'un navire, des dizaines de femmes assises sur des couvertures boivent un café.

« Crapette, Lulu ! La radio !! »

Fin juillet – début août 1944 · Traversée de la MancheÀ bord du Liberty Ship. Pause café.

Sur le pont encombré d'un navire, près d'une ambulance, des femmes dorment enroulées dans des couvertures.

« Vous devriez dormir un peu, prendre des forces. »

Fin juillet – début août 1944 · Au milieu de la MancheÀ bord du Liberty Ship.

Vue plongeante sur le pont d'un navire chargé d'ambulances marquées de croix, au milieu des treuils.

« N'oubliez pas de les nommer pour qu'on les différencie. »

Fin juillet 1944Les ambulances Dodge WC 54 sur le pont du Liberty Ship.

Depuis le pont d'un grand navire, vue sur une barge chargée de véhicules militaires, en pleine mer.

« Nous allons débarquer à Utah Beach, veuillez vous placer près de vos véhicules. »

1er août 1944 · Au large d'Utah BeachLes véhicules sont descendus à la grue dans des barges de débarquement.

Août 1944 – mai 1945 · De la Normandie à l'Allemagne

Sur le front

En binômes, les Rochambelles suivent les chars de la 2e DB, de la Normandie à Paris, puis vers les Vosges et Strasbourg. Après la libération de la ville, elles passent l'hiver dans les combats d'Alsace. Elles vont chercher les blessés au plus près du feu et les conduisent aux postes de secours. Entre deux missions : rations, toilette dans le casque et réparations.

Trois ambulancières au repos à l'ombre d'une ambulance ; l'une se lave les cheveux au-dessus de son casque posé sur ses genoux.

« Je peux savoir ce que tu fais ? » « Ben, je me lave les cheveux… »

Mi-août 1944 · Écouché, OrneDes Rochambelles au repos. L'une se lave les cheveux dans son casque.

Une colonne d'ambulances roule sur une route bordée d'une forêt de sapins.

« Vous devrez faire vos preuves en mécanique, conduite en formation (…) »

1944 · NormandieLes ambulances en formation, quelque part en Normandie.

Quatre jeunes femmes casquées posent devant un char allemand ; l'une porte un brassard de la Croix-Rouge.

« C'est quoi, cet après-midi ? » « Extraire des blessés d'un char d'assaut. »

Août 1944 · NormandieCrapette, brassard de la Croix-Rouge au bras, au pied d'un char allemand Tigre.

Deux soldats et Jacotte assis sur le marchepied arrière d'une ambulance abîmée, dans une rue enneigée.

« Ce serait peut-être le moment de mettre nos casques. »

Décembre 1944 · Kertzfeld, Bas-RhinDubouche, Jacqueline et Villaruel sur le marchepied arrière de Tante Mirabelle, qui n'est plus en très grande forme.

Un groupe de soldats et d'ambulancières en manteaux, debout devant un half-track, au pied d'une colline.

Halte buffet

Février 1945 · Route de Guémar, Haut-RhinCrapette et des hommes de la compagnie.

Trois ambulancières assises dans l'herbe près d'une ambulance mangent leurs rations.

« Quand j'étais Rochambelle, des rations je mangeais. »

Mai 1945 · Landsberg, BavièreAnne-Marie, Michette et Raymonde.

Lettres, citations et règles de vie

Documents

Trois documents cités dans la pièce : une lettre du général Leclerc, la citation qui vaut à Crapette la Croix de guerre, et les commandements écrits par Toto.

Première page manuscrite de la lettre du général Leclerc, avec les armoiries en tête.
Seconde page manuscrite de la lettre, signée Leclerc.

Lettre manuscrite · 7 janvier 1945

« Mon Lieutenant ou Chère Madame »

Le général Leclerc répond à Suzanne Torrès, qu'il salue à la fois comme officier et comme femme. Il veut lui dire ce que le Groupe Rochambeau représente pour sa division.

7/1/45

Mon Lieutenant ou Chère Madame

Je profite de votre lettre pour vous exprimer ce que le Groupe « Rochambeau » représente dans la Division. Je passe sur toutes les qualités de dévouement que nous connaissions avant le premier coup de fusil, pour insister sur l'attitude au feu. Nombreux sont les combattants qui m'ont déclaré « tirer leur chapeau » devant l'attitude de vos ambulancières. Veuillez le leur dire de ma part, et n'hésitez pas à proposer pour citations, toutes celles qui le méritent.

Je sais que pendant ce temps Madame Conrad est la Providence de nos blessés.

Bonne année, on les aura, et votre Général ne regrette pas son affaire de la Péniche, ce fut une bonne affaire !

Amitiés très sincères.
Leclerc

« L'affaire de la Péniche » : l'accueil dans la division des ambulancières logées sur la Péniche de Rabat, que Leclerc avait d'abord refusées.

Texte dactylographié de l'ordre général n° 2 signé Leclerc, citant Gabrielle Gelin.

Ordre général n° 2 · 3 janvier 1945

« Nous nous portons volontaire pour porter secours aux blessés. »

Le 2 novembre 1944, à Vacqueville, en Meurthe-et-Moselle, Crapette part à pied chercher des blessés abandonnés dans la forêt, sous les tirs de mortiers et de mitrailleuses. Cette citation lui vaut la Croix de guerre avec étoile d'argent. Elle porte alors le nom de son mari, Gelin.

ORDRE GENERAL N° 2

LE Général de Division LECLERC Commandant la 2ème Division Blindée,
cite :
A L'ORDRE DE LA DIVISION

GELIN Gabrielle - Conductrice - 13ème Bataillon Médical -

"Conductrice, a, le 2 novembre 1944 à VACQUEVILLE, été volontaire pour aller chercher à pied en l'absence du nombre suffisant de brancardiers,des blessés abandonnés dans la forêt à 5 Kms. Malgré les tirs de mortiers et de mitrailleuses qui rendaient cette expédition très périlleuse est parvenue jusqu'aux blessés auxquels elle a donné ses soins et a attendu avec eux, plusieurs heures, le half-track sanitaire qui a pu les ramener au poste de secours des CARRIERES. Quelques jours avant, à HABLAINVILLE avait déjà montré un magnifique courage au volant de son ambulance."

CES CITATIONS COMPORTENT L'ATTRIBUTION DE LA CROIX DE GUERRE AVEC ETOILE D'ARGENT.

Q.G. le 3 janvier 1945
signé : LECLERC.

Copie certifiée conforme (« pour ampliation ») par le Bureau des décorations. Orthographe et ponctuation du document conservées ; les lettres grisées sont peu lisibles.

Extrait des 50 commandements rédigés par Suzanne Massu

Les règles de l'esprit Rochambelle, selon Toto

Ce qu'il faut faire, ne pas faire et savoir :

  1. 2.Les mots « le mien » et « mon » sont inconnus. Ex. : on dit « notre brosse à dents ».
  2. 3.Le « 501 » est le seul régiment de chars « in the world ».
  3. 5.Ne jamais perdre de vue qu'on n'est pas en croisière et qu'on ne fait pas partie des Ballets russes.
  4. 8.Le GTV se bat trois fois plus que les autres GT.
  5. 13.On ne se marie que dans la division et avec des engagés « avant Paris » (flirts, même précaution).
  6. 14.Ne jamais demander en convoi « quand repart-on » ni en cantonnement « pour combien de temps est-on là ».
  7. 15.Le mot Péniche s'écrit avec un P majuscule.
  8. 19.Le casque est exclusivement réservé aux bains de pied.
  9. 21.Quand on se couche dans le bedding roll du lieutenant, enlever ses chaussures.
  10. 23.Éviter de tirer la langue aux grands chefs du ramassage.
  11. 24.Éviter de prendre le général Leclerc pour le sous-officier du ravitaillement.
  12. 27.Lorsqu'on va à la douche, ne pas craindre la corvée de dépucelage.
  13. 33.Les soirs de bombardement, si on ne porte qu'un cache-sexe et un soutien-gorge pour parcourir le champ, mettre au moins le double casque (plus seyant).
  14. 36.Ne pas prendre de schnaps avant 8 heures du matin.
  15. 38.Éviter de raconter sa vie au capitaine Renaud. (Le chef mécanicien crachait à chaque Rochambelle venue faire réparer son ambulance : « Ne me racontez pas votre vie ! »)
  16. 39.Ne pas frotter une allumette lorsque certains commandants sont à moins de dix mètres (danger de flambée d'alcool).
  17. 46.Les engagements pour l'Indochine seront reçus dans les quarante-huit heures qui suivent l'arrivée dans le Groupe Rochambeau et acceptés après six mois.

Ces règles donnent un aperçu de l'humour et des plaisanteries qui avaient cours parmi les Rochambelles. Le « 501 », c'est le 501e régiment de chars de combat, auquel Crapette et Jacotte étaient rattachées. Le GTV est le groupement tactique du colonel Warabiot, dont le 501e faisait partie.

Devoir de mémoire

Dans les coulisses de la pièce

Trois histoires vraies rencontrées pendant l'écriture, racontées par Valérie Demay, l'autrice de la pièce et petite-fille de Crapette.

Gros plan sur le capot vert olive d'une ambulance, peint à la main : Tante Mirabelle.
L'ambulance Dodge restaurée dans un hangar, capot ouvert, croix rouge et cocarde de la 2e DB sur la portière.

Anecdote n° 1

« Et voici ma fameuse tarte à la mirabelle »

Lors de mes recherches sur les Rochambelles, mon chemin croise celui de Pauline Brunet, une jeune professeure passionnée par leur histoire depuis son plus jeune âge, qui est justement en train d'écrire un livre retraçant toute leur campagne de France. Elle se révèle être une mine d'informations sur ces femmes.

Mais ce n'est pas tout ! J'apprends qu'elle a racheté l'une des ambulances Dodge WC 54 du Groupe Rochambeau. Et pas n'importe laquelle : Tante Mirabelle, l'ambulance de Crapette et Jacotte. Elles l'avaient baptisée ainsi en souvenir d'une tante et de sa nièce qui les avaient hébergées et ne cuisinaient que des tartes à la mirabelle.

L'ambulance est alors garée au musée des véhicules de la Libération, à Versailles-Satory. Pauline m'y invite un matin et je vais, non sans émotion, voir, toucher et même conduire Tante Mirabelle.

En noir et blanc, deux personnes penchées sur une console d'enregistrement dans un studio.
Photo de scène : quatre comédiennes en uniforme sous une structure métallique, dans une lumière rouge et bleue.

Anecdote n° 2

La chanson des Rochambelles

Et pourtant je regrette tant
Je regrette en secret
La petite salopette
Qu'à la guerre je portais

« Je compose la chanson Quand j'étais Rochambelle… qui sera notre chant de bravoure, notre chant de ralliement… Il y en a des couplets et des couplets car toutes en ajoutent… mais le refrain ne sera jamais oublié. » Suzanne Massu, Quand j'étais Rochambelle.

À la lecture de cet extrait, je sais que la chanson des Rochambelles doit être au cœur de la pièce. Mais retrouver l'air original semble impossible : même Pauline Brunet ne l'a jamais entendu. Jusqu'au jour où j'en parle à mon père, qui se met à la chanter, sans hésiter.

Je l'enregistre sur mon téléphone et la fais écouter à notre compositeur, Mathias Louis, qui la transcrit en musique. Il en tire un thème qui se décline a cappella, au violoncelle, et jusque dans les scènes de guerre, pour envelopper le spectateur de ce chant de bravoure.

Photo d'archive : un bâtiment en ruine au sommet d'un talus de gravats.
Une assiette blanche en porcelaine, ornée d'un aigle en relief, posée sur un tissu vert.

Anecdote n° 3

L'assiette

Les Rochambelles ont fait toute la campagne de l'Est, jusqu'au camp de concentration de Dachau puis à Berchtesgaden, au nid d'aigle d'Hitler, où elles fêtent la victoire le 8 mai 1945. Nombreux sont les soldats qui repartent avec des « souvenirs » de la maison du Führer.

Quand je découvre cette anecdote, au début de mes travaux d'écriture, je demande à mon père si sa mère avait, par hasard, rapporté un quelconque butin. La conversation qui suit :

  • Elle a rapporté une assiette de sa collection personnelle.
  • Une assiette d'Hitler ? Et où est-elle ?
  • Ben… avec les assiettes…

Avec le pragmatisme de mon père, l'assiette avait fini avec les autres assiettes. Je l'ai retrouvée et lui ai fait une place à part. Non pour l'idéologie qu'elle représente, vous l'aurez compris, mais pour le courage et la bravoure qui l'ont amenée jusqu'à nous. Pendant longtemps, cette histoire a été la première scène de la pièce, qui s'appelait alors L'Assiette.

1942-1945 · Hommage

Les autres femmes pendant la guerre

Cette pièce se veut l'écho et la voix de toutes les femmes qui ont servi et combattu pendant la guerre, pour leur rendre l'hommage qu'elles méritent. À côté des Rochambelles, plusieurs autres corps féminins ont participé à l'effort de guerre français entre 1942 et 1945.

Les Merlinettes

Les voix des transmissions

Corps féminin des transmissions · Créé le 22 novembre 1942 · Afrique du Nord

Créé par le colonel, puis général, Merlin, le Corps féminin des transmissions accueille les premières femmes admises dans l'armée française : environ 1 095 en avril 1944. Opératrices téléphoniques et radio, télétypistes, analystes des transmissions, elles libèrent des hommes pour d'autres tâches. Le corps participe aux campagnes de Tunisie et d'Italie, au débarquement de Provence, puis à l'avancée vers l'Allemagne.

Les Marinettes

Les ambulancières des fusiliers marins

2e DB · Fondées au Maroc en 1943

Leur nom est souvent lié à celui des Rochambelles. Les Marinettes forment un groupe de neuf ambulancières de la 2e DB, fondé au Maroc en 1943 par Jacqueline Carsignol et rattaché au régiment blindé de fusiliers marins.

Les AFAT de la 1re Armée

De la Corse jusqu'au Danube

Auxiliaires féminines de l'armée de terre · Provence, août 1944

Dans la 1re Armée du général de Lattre de Tassigny, 2 000 femmes débarquent en Provence après le 15 août 1944. Conductrices et ambulancières, beaucoup servent dans les bataillons médicaux de divisions comme la 9e DIC, à l'image de l'aspirant Denise Ferrier ou de Marie-Louise Molbert. Contrairement aux Rochambelles, elles sont recrutées et encadrées directement par l'armée.

Et sûrement d'autres encore, que ces lignes ne citent pas…

À lire

Pour aller plus loin

  • Le texte de la pièceLes Rochambelles

    Valérie Demay. L'Avant-scène théâtre, n° 1590, 2026.

    Acheter le livre · L'Avant-scène théâtre
  • TémoignageQuand j'étais Rochambelle

    Suzanne Massu. Grasset, 1969, réédité en 2000. La campagne du groupe racontée par Toto, avec la chanson et les commandements.

    Acheter le livre · Grasset
  • HistoireLes Rochambelles. Ambulancières de la division Leclerc (1943-1945)

    Pauline Brunet. Memorabilia, 2021.

    Acheter le livre · Amazon
  • HistoireLes Rochambelles. Ambulancières de la France combattante (1943-1945)

    Ellen Hampton, traduit de l'anglais par Claude Urraca. Tallandier, 2022. L'historienne américaine s'appuie largement sur les souvenirs de Jacotte, qu'elle a longuement interrogée entre 1999 et 2004. Édition originale : Women of Valor (2006).

    Acheter le livre · Fnac

Partager l'exposition

Faites découvrir l'histoire des Rochambelles autour de vous.

Adresse https://www.lesrochambelles.com/

Billetterie